Trois semaines à sillonner les boutiques, à attraper des paires au hasard sur les présentoirs, à espérer que « ça allait finir par aller ». Rien. Le miroir renvoyait systématiquement une version bizarre de moi-même, comme si quelque chose clochait sans que je puisse mettre le doigt dessus. C’est un opticien qui a tout résolu en dix minutes, en posant une monture sur mon nez et en m’expliquant pourquoi les autres échouaient. Ce jour-là, j’ai compris que choisir des lunettes de soleil n’a rien d’aléatoire.
À retenir
- La règle secrète que les opticiens utilisent mais que personne ne vous explique jamais
- Pourquoi ce qui est joli sur les autres vous rend bizarre : la morphologie du visage change tout
- Ce détail invisible sur la teinte des verres que presque tout le monde ignore, mais qui protège vraiment vos yeux
La règle que personne ne nous dit jamais
Le principe de base du visagisme optique tient en une phrase : la monture doit contraster avec la forme du visage, pas la reproduire. La forme de votre visage définit le type de monture qui vous conviendra le mieux : optez pour une forme ronde si vous avez le visage anguleux, et à l’inverse pour une forme rectangulaire si vous avez le visage plutôt arrondi. Simple à énoncer, très difficile à appliquer seule face à un présentoir de deux cents paires.
Le piège le plus courant ? Aller vers ce qu’on trouve joli sur les autres. Le bon sens est un instrument assez efficace, mais il n’est pas forcément évident de choisir objectivement ce qui vous convient le mieux. Cela peut arriver notamment si vous avez déjà des lunettes, et que toute autre monture vous semble étrange sur vos traits. L’habitude crée une sorte de filtre perceptif, on ne se voit plus, on se compare à une version passée de soi.
Au-delà de la forme générale du visage, d’autres détails influencent le choix : la ligne des sourcils (le bord supérieur de la monture devrait la suivre sans la masquer), l’écartement des yeux ou encore la forme du nez. Un pont haut peut allonger un nez court, tandis qu’un pont bas peut aider à adoucir un nez long. Autant de subtilités qu’un opticien voit d’un coup d’œil entraîné, et que l’on ne perçoit pas soi-même dans la précipitation.
Votre morphologie, concrètement
Certaines formes de lunettes valorisent mieux certains types de visages : le visage rond gagne avec des formes angulaires, carrées ou rectangulaires ; le visage carré s’adoucit avec des formes arrondies ou ovales ; le visage en cœur se sublime avec des montures fines, de style aviateur ou œil-de-chat. Le visage ovale, lui, est statistiquement le plus « libre » : au grand jeu de l’association de formes, le visage ovale remporte la victoire, souvent considéré comme idéal grâce à un équilibre des proportions. Vous pouvez jouer avec les lignes pour vous donner une allure particulière : des lunettes rondes apporteront un côté espiègle, une monture œil-de-chat apportera un air chic.
Pour le visage carré (mâchoire marquée, proportions égales en hauteur et en largeur), la logique s’inverse : pour les visages carrés avec une mâchoire prononcée et des pommettes peu marquées, les montures arrondies et graphiques sont recommandées. La forme de ce visage présente des angles forts, il faut donc créer un contraste. Les formes ovales et arrondies viendront adoucir les traits avec des lignes douces, fines et étroites. Évitez surtout les rectangles massifs et très épais qui accentuent la largeur.
La question du visage triangulaire (front plus étroit que le menton, dite « triangle inversé ») mérite qu’on s’y attarde, car elle est souvent mal lue. Si votre mâchoire est plus large que votre front, préférez des lunettes marquées sur les tempes : elles soutiendront la finesse de votre front et donneront du volume à votre visage. Pour le visage en cœur, c’est l’opposé exact : avec un front large, un menton fin, aussi connu sous le nom de visage en cœur, préférez les montures étirées vers le bas et évitez les verres trop larges ou les lunettes rectangulaires, pour un effet d’homogénéité entre les parties haute et basse du visage.
Ce que l’opticien voit que vous ne voyez pas
Passer par un opticien pour des lunettes de soleil, pas seulement pour des lunettes de vue, l’idée peut sembler superflue. Elle ne l’est pas. Un opticien repère en un clin d’œil un pont trop serré, une branche à raccourcir ou un verre mal centré. Ces détails paraissent techniques, mais ce sont eux qui font la différence entre une monture qui « flotte » sur le visage et une qui semble avoir toujours été là.
La barre supérieure de la monture doit épouser la courbe des sourcils sans les masquer, et les pupilles doivent être idéalement centrées dans chaque verre, ni trop haut, ni trop bas. Les branches reposent fermement mais sans pression, et le pont nasal ne laisse aucun jour entre le nez et la monture, pour éviter les glissades intempestives. Quand tous ces points sont réunis, le confort est immédiat, et visible sur le visage. Ces ajustements sont généralement rapides et effectués gratuitement dans la plupart des boutiques d’optique.
Beaucoup d’entre nous avons des visages « mixtes » qui empruntent à plusieurs catégories. Dans ce cas, il faut noter quelle forme semble dominante, ou suivre les conseils pour les deux types. Ce n’est pas un aveu de complexité, c’est la réalité de la plupart des visages humains. Un œil expert résout l’ambiguïté en quelques essais.
La protection UV : le point que tout le monde ignore
Il y a une erreur très répandue sur laquelle il faut être claire : la teinte d’un verre ne dit rien de sa protection réelle. Vous ne pouvez pas regarder la couleur des verres pour déterminer le degré de protection UV dont vous bénéficiez, car les teintes n’ont rien à voir avec la protection UV. Un verre très foncé peut ne presque pas filtrer les ultraviolets, tandis qu’un verre clair peut offrir une protection totale. Plus les verres sont foncés, plus ils protègent contre l’éblouissement, mais pas forcément contre les UV. Seuls l’inscription de l’indice UV et de la norme CE sur les montures garantissent une protection efficace.
Selon la norme NF EN ISO 12312-1:2013, il existe cinq catégories classées de 0 à 4 selon le pourcentage croissant de lumière filtrée : la catégorie 0 ne protège pas des UV solaires ; seules les catégories 3 ou 4 sont adaptées aux cas de forte ou exceptionnelle luminosité solaire (mer, montagne). Pour un usage quotidien en ville par beau temps, la catégorie 3 est le niveau le plus couramment recommandé, adapté aussi pour protéger les yeux des enfants. Ces lunettes offrent une protection élevée contre l’éblouissement et les rayons UV, et conviennent à la plage, aux activités sportives et à la conduite.
Un dernier point que l’on n’évoque presque jamais : la couleur des yeux modifie ce dont vous avez besoin. Les personnes aux yeux clairs, bleus, verts ou gris, sont plus exposées aux UV car leur iris laisse passer plus de lumière. Elles doivent donc opter pour des lunettes de catégorie 3 ou 4 et privilégier les verres foncés ou polarisés, qui réduisent les reflets. Ce n’est pas une question de confort, c’est une question de santé oculaire à long terme : la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), première cause de handicap visuel chez les personnes de plus de 50 ans, est liée à des facteurs environnementaux dont l’exposition aux UV. les prochaines lunettes que vous choisissez méritent au moins dix minutes chez un professionnel.
Sources : optiquegualdoni.com | atol.fr