Le plaqué or et le chlore, c’est une histoire d’amour qui tourne mal très vite. Quelques séances de piscine suffisent pour que la couche dorée commence à s’écailler, révélant le métal de base en dessous, souvent du laiton ou du cuivre, ce qui explique les traces verdâtres sur la peau que beaucoup d’entre nous ont connues au moins une fois.
À retenir
- Le chlore s’infiltre dans les micro-porosités de la dorure et oxyde le métal sous-jacent en quelques baignades seulement
- Ce qui apparaît sous l’or ? Du laiton qui s’oxyde et vire au vert — exactement comme les toits en cuivre des monuments parisiens
- Le re-placage coûte souvent plus cher que le bijou lui-même : existe-t-il des alternatives vraiment durables ?
Ce qui se passe vraiment quand le plaqué or rencontre l’eau chlorée
Le plaqué or est constitué d’une fine couche d’or déposée par électrolyse sur un métal de base. L’épaisseur de cette couche varie selon la qualité de la pièce : les bijoux d’entrée de gamme affichent des dépôts infimes, à peine quelques dixièmes de micron, là où les pièces de meilleure facture peuvent atteindre deux ou trois microns. C’est peu. Très peu, quand on sait ce que l’eau de piscine contient.
Le chlore est un oxydant puissant. Au contact de la peau, il réagit avec la sueur, les crèmes solaires, les huiles corporelles, et il s’attaque aussi aux métaux. Le problème avec le plaqué or, c’est que la couche dorée n’est pas parfaitement homogène. Elle présente des micro-porosités, des zones de faiblesse où le chlore s’infiltre et commence à oxyder le métal sous-jacent. Une fois ce processus enclenché, la couche dorée se décolle par plaques, parfois dès la deuxième ou troisième baignade.
Le sel aggrave encore les choses. L’eau de mer est un électrolyte naturel qui accélère la corrosion des métaux, en particulier au niveau des soudures et des attaches de bijoux. Une boucle d’oreille ou un bracelet porté en mer montre des signes de dégradation encore plus rapidement qu’à la piscine, même si l’absence de chlore peut laisser croire le contraire.
Ce qu’on voit apparaître sous la dorure
Le métal qui se révèle une fois la couche d’or partie dépend de la composition du bijou. Le laiton, alliage de cuivre et de zinc, est le plus courant dans les bijoux fantaisie. Au contact prolongé de l’humidité et des produits chimiques, il s’oxyde et vire au vert. Cette réaction chimique, la patine verte, est exactement le même phénomène qui fait verdissent les toits en cuivre des monuments parisiens, sauf que sur le doigt, c’est moins esthétique.
Certains bijoux utilisent du zinc, de l’alliage blanc ou de l’acier inoxydable comme métal de base. Ce dernier est bien plus résistant, et un bijou « plaqué or sur acier inox » se comportera nettement mieux à l’eau qu’un bijou sur laiton. La mention figure rarement sur les étiquettes des bijoux bon marché, ce qui rend le choix un peu aléatoire quand on achète une bague à moins de vingt euros sur un site de vente en ligne.
La trace verte sur la peau n’est pas dangereuse en elle-même pour la majorité des gens. C’est une réaction du cuivre avec la transpiration qui forme un sel de cuivre coloré. Certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres, la composition chimique de la sueur varie selon l’alimentation, le pH cutané, les médicaments. Quelqu’un qui porte le même bracelet que sa voisine peut verdirfourchette en une semaine là où l’autre ne constate rien.
Peut-on récupérer un bijou plaqué or abîmé ?
Une fois que la couche d’or est partie, elle ne revient pas d’elle-même. La seule option pour retrouver l’aspect doré est le re-placage, un service proposé par certains bijoutiers et ateliers de galvanoplastie. Le coût et le résultat dépendent de l’état du métal de base : si le laiton est déjà oxydé ou tacheté, il faut d’abord nettoyer et polir la surface avant de redéposer l’or. Sur des bijoux fantaisie de faible valeur, le coût du re-placage dépasse souvent celui du bijou lui-même, ce qui explique pourquoi peu de gens le font en pratique.
Pour les bijoux qui ont subi des dommages limités, un nettoyage délicat à l’eau tiède et au savon doux, suivi d’un séchage soigneux, peut stopper la progression de l’oxydation. Éviter les ultrasons et les nettoyants chimiques agressifs, qui accélèrent le décollement de la dorure. Certaines personnes appliquent un vernis transparent sur leurs bijoux plaqués pour créer une barrière supplémentaire contre l’humidité, l’effet tient quelques semaines avant de s’écailler à son tour.
Ce qu’il vaut mieux porter cet été
Les bijoux en acier inoxydable « PVD » (Physical Vapor Deposition) ont gagné du terrain ces dernières années précisément parce qu’ils résistent bien mieux à l’eau, au chlore et à la transpiration. Le dépôt d’or par PVD est plus dur et plus adhérent que le plaqué galvanique classique, même si lui aussi a ses limites dans le temps. L’argent sterling (925) est une option honnête pour l’été, à condition d’accepter qu’il ternisse et de le nettoyer régulièrement. Le vermeil, qui est de l’argent 925 recouvert d’une couche d’or d’au moins 2,5 microns, offre un meilleur compromis que le plaqué or classique sur laiton.
Pour les amateurs de bijoux fins qui ne veulent pas rogner sur la qualité, l’or 9 carats reste une option accessible qui résiste sans broncher à toutes les baignades de l’été. La différence de prix avec une montre dorée qui verdira en août finit souvent par ne plus sembler si grande. Un détail qui change tout : les bijoux en titane anodisé, encore peu répandus mais très résistants à la corrosion, commencent à apparaître chez des créateurs indépendants pour ceux qui veulent de la couleur dorée sans les inconvénients du plaqué traditionnel.