Le short en jean prend sa retraite estivale. À sa place, une coupe bouffante et froncée aux cuisses s’impose dans les dressings avertis : le bloomer, aussi surnommé « bubble short » pour son effet ballon. Repéré sur les podiums comme celui de la maison Prada, le bubble short, qui tire son nom de son effet bouffant, semble vouloir s’imposer comme l’une des tendances de l’été. Une pièce qui divise autant qu’elle fascine, et c’est justement ce qui la rend intéressante à observer cette saison.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le bloomer n’est pas né chez Prada. Amorcé au printemps dernier chez Chloé, le bloomer fait une percée remarquée cette saison, notamment chez Prada qui en fait une pièce phare de sa collection. Mais c’est bien la maison milanaise, sous la houlette de Miuccia Prada et Raf Simons, qui a transformé cette culotte bouffante en phénomène de mode. L’histoire derrière ce vêtement mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde, tant elle est inattendue.
À retenir
- D’où vient vraiment l’inspiration de Prada pour cette culotte bouffante qui fait scandale ?
- Pourquoi le bloomer cristallise les débats entre admirateurs et détracteurs sur les podiums ?
- Quels secrets des fashion editors pour porter le bloomer sans effet couche-culotte ?
Une pièce née d’une photo d’ado sur une plage ukrainienne
Le bloomer version Prada tire son inspiration d’un cliché précis. Dans les notes d’intention publiées par Prada, on apprend que le portrait d’un adolescent saisi par la photographe néerlandaise Rineke Dijkstra, sur une plage d’Odessa en 1993 a servi d’inspiration. Sur le podium masculin du défilé printemps-été 2026, présenté à Milan, la pièce a immédiatement fait parler d’elle. Dans la nouvelle collection créée par Miuccia Prada et Raf Simons, la taille et les ourlets sont froncés comme sur la couche d’un bébé, un détail qui n’est pas passé inaperçu et qui a nourri la controverse autant que l’engouement.
Miuccia Prada elle-même a justifié ce virage esthétique par une volonté de rupture. « Nous voulions un changement de ton », a expliqué Miuccia Prada aux journalistes présents, une déclaration qui résume l’esprit de cette collection s’opposant délibérément à l’agressivité et au pouvoir qui dirigent le monde actuellement. Le décor du défilé, à la Fondazione Prada, appuyait ce propos : l’espace habituel de la fondation a été transformé en un terrain de jeu épuré, parsemé d’une trentaine de tapis moelleux aux formes florales, avec des bruits d’oiseaux et de cloches de vaches remplaçant la bande sonore habituelle. Une mise en scène presque enfantine, cohérente avec la pièce phare de la collection.
Côté vestiaire féminin, le bloomer s’est décliné avec plus de fantaisie. Sur le podium spring/summer 2026 de Prada, des bloomers violet vif et lilas sont apparus superposés sous des jupes transparentes et dépassant de vestes en toile oversize. Une esthétique de la superposition qui a rapidement quitté les podiums pour s’installer dans la rue.
Pourquoi cette culotte bouffante divise (et fascine)
Impossible de parler du bloomer sans évoquer son ambiguïté. Cette pièce toe la ligne entre short et sous-vêtement, et c’est précisément ce qui alimente le débat. Part lingerie, part ready to wear, les bloomers toe the line between actual bottoms and briefs, et malgré le fait qu’ils soient plus difficiles à styliser que d’autres tendances de shorts, ils sont déjà en passe de devenir l’une des pièces phares de la saison. Sur le trottoir de la Fashion Week milanaise, les avis recueillis oscillaient entre l’enthousiasme total et le rejet pur et simple, sans grande zone de nuance : « Oui, j’adore ! », « Non, c’est ignoble ! », « Je n’ai pas d’avis sur le bloomer ». Une polarisation qui, paradoxalement, sert souvent d’accélérateur à une tendance.
Le bloomer joue aussi sur un symbole plus profond. Cette culotte bouffante illustre deux tendances récurrentes sur les podiums : d’une part, la lingerie apparente où le sous-vêtement se porte à l’extérieur comme un vêtement à part entière ; d’autre part, la tendance du micro, avec des shorts de plus en plus courts. On retrouve là un fil conducteur qui traverse la mode depuis quelques saisons, celui d’assumer les codes de l’intime en plein jour, sans complexe.
Comment l’adopter sans se ridiculiser au bureau ou à la plage
Les fashion editors qui testent la pièce au quotidien ont trouvé la parade : miser sur le contraste. Loin de la version défilé, ultra théâtrale, l’idée est de tempérer l’effet couche-culotte par des pièces plus structurées. À Paris, les influenceuses traduisent déjà les bloomers Prada en combinaisons plus portables, conservant l’esthétique superposée sans l’intensité du podium. En clair : un bloomer se porte rarement seul, il s’associe.
Sur le terrain, les stylistes ont observé deux façons dominantes de le porter cet été. Les fashion people ont déjà adopté les modèles Prada dans leurs looks de début d’été, les portant avec des pulls à Paris et des hauts de bikini à la plage à St. Barts. D’un côté, donc, un jeu de superposition presque hivernal, avec un pull ou un col roulé au-dessus, façon paradoxe assumé. De l’autre, une version plage brute, bloomer et brassière, sans artifice. Côté matières, le choix reste large. En coton, popeline, voile, dentelle ou soie, le bloomer allie romantisme et audace, sans oublier un zeste de rébellion, ce qui laisse une vraie marge de manœuvre selon qu’on cherche une allure plus sage ou plus statement.
Pour un premier essai sans se ruiner, inutile de viser directement les podiums. Ce vêtement se décline dans plusieurs matières et imprimés chez des marques comme Zara ou H&M, ou dans des maisons plus haut de gamme comme Chloé. L’écart de prix entre ces deux mondes est énorme, ce qui permet à peu près à toutes les bourses de tester la silhouette avant de trancher, sans engagement financier lourd. Une jupe portefeuille par-dessus, un short cycliste en dessous pour celles qui redoutent l’effet trop dénudé, et le tour est joué.
Reste une nuance à garder en tête avant de craquer : le bloomer version podium a été pensé comme une pièce de superposition, pas comme un short qu’on porte cru en plein après-midi de canicule. Prada elle-même l’associe à des gants d’opéra en cuir coloré, une brassière, un pull échancré et une jupe à bretelles, preuve que même sa créatrice ne l’imagine jamais seul sur le corps. À vous de doser l’audace selon le contexte, la plage tolérant évidemment bien plus de liberté que la terrasse du bureau.
Sources : 20min.ch | whowhatwear.com