Mon père a toujours reposé ses lunettes de soleil branches ouvertes vers le haut : j’ai ri pendant des années avant de comprendre pourquoi il avait raison

Mon père avait raison, et il aura fallu que je raye mes propres Ray-Ban un été à Deauville pour l’admettre. Poser ses lunettes de soleil branches ouvertes, verres tournés vers le ciel, n’est pas un tic de vieux garçon maniaque. C’est le geste qui évite très concrètement de bousiller le traitement de vos verres en trente secondes chrono, sur une table de café ou le rebord d’une piscine.

À retenir

  • Un grain de sable sous la lentille suffit à créer une rayure qui trouble la vue après l’été
  • La position des branches ouvertes révèle un secret que les professionnels utilisent comme test
  • Remplacer un verre rayé peut coûter entre 80 et 300 euros selon les traitements

Le geste qui raye vos verres sans que vous vous en rendiez compte

Poser ses lunettes verres contre la table, c’est statistiquement la manière la plus sûre de les abîmer. Nombreux sont ceux qui posent leurs lunettes de soleil « côté verres ». Pourtant, c’est le moyen le plus sûr de rayer les verres. Le souci, c’est qu’une fois la marque apparue, elle ne s’efface plus vraiment. Le problème, c’est qu’une fois que les rayures apparaissent, il peut être difficile de les faire disparaître.

La raison technique tient à la composition même des verres modernes. La plupart sont en matière organique, pas en verre minéral comme on l’imagine encore parfois. La majorité des verres optiques modernes sont fabriqués en matériaux organiques, comme le polycarbonate ou le trivex. Ce sont des plastiques techniques, plus légers et plus résistants aux chocs, mais naturellement plus sensibles à l’abrasion qu’un simple verre de vitre. D’où l’existence d’un traitement de surface censé les blinder : un vernis appliqué en fine couche, puis cuit pour qu’il adhère parfaitement. Le traitement anti-rayures consiste à tremper la face avant du verre dans un vernis durcissant à base de polysiloxane. Le verre est ensuite placé dans un four pour que l’enduit adhère au maximum. Cette couche protectrice, la seule étant en contact direct avec le verre, offre une excellente résistance aux verres de lunettes contre les rayures.

Le hic, c’est que ce traitement, aussi malin soit-il, n’est pas une armure. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, même les verres traités anti-rayures ne sont pas indestructibles. Un grain de sable coincé sous la lentille suffit à créer une micro-rayure qui, répétée cent fois dans l’été, finit par troubler franchement la vue. Et la note peut piquer : remplacer un verre rayé peut coûter entre 80 et 300 euros, en fonction du type de verre, des traitements et de votre correction visuelle. Sur une paire de vue à double foyer, ça calme.

Pourquoi la position « branches ouvertes » n’est pas un hasard

Ce n’est pas une lubie de génération née avant le portable. Les opticiens le recommandent noir sur blanc, y compris pour les lunettes de protection en milieu professionnel. Afin d’éviter de rayer vos lunettes, poser les plutôt sur les branches et ranger les dès que possible dans un étui pour éviter que de la poussière ne s’y dépose. La logique est presque bête à dire : les branches touchent le sol, pas le verre. Aucun contact, aucune rayure possible, même sur une table pleine de miettes.

Il y a même un second bénéfice auquel mon père n’avait probablement jamais pensé consciemment, mais que les professionnels utilisent comme test de diagnostic. Posées ainsi, à plat, les lunettes révèlent un défaut d’alignement qu’on ne voit pas forcément sur le nez. Poser les lunettes sur une surface plane, branches ouvertes : si la monture s’incline d’un côté ou de l’autre, cela signifie qu’une branche est déformée. Si les lunettes restent au même niveau, cela indique que l’impression de monture déréglée est liée à un décalage de hauteur des oreilles du porteur. la table de la terrasse devient un mini-établi de vérification. Ça, c’est le genre de détail qui distingue quelqu’un qui a porté des lunettes toute sa vie de quelqu’un qui vient de s’en offrir sa première paire de soleil à trente balais.

Les autres réflexes qui, eux aussi, avaient du sens

En creusant le sujet, j’ai réalisé que la panoplie complète des habitudes paternelles tenait plus de la mécanique de précision que de la superstition. Trois gestes reviennent systématiquement chez les professionnels de l’optique :

  • Manipuler la monture toujours à deux mains, jamais d’un côté seul, pour ne pas déséquilibrer les branches ni décentrer les verres
  • Éviter de remonter ses lunettes sur le crâne, geste qui écarte les branches et fragilise les charnières sur la durée
  • Ne jamais les laisser sur le tableau de bord en plein soleil, la chaleur ramollissant les plastiques et abîmant les traitements

Sur le premier point, la logique tient en une phrase : afin d’éviter une déformation des branches, il faut utiliser les deux mains pour mettre ou enlever ses lunettes. Mon père faisait ça sans même y penser, presque comme un tic de pianiste. Sur le port en couronne, tellement répandu qu’on ne le remarque plus, l’avertissement est clair : votre paire de lunettes de vue ou de soleil a été ajustée par votre opticien et la placer sur votre tête peut dérégler voire détendre les branches. Quant à la chaleur, elle reste l’ennemi qu’on sous-estime le plus, capable de fragiliser les traitements de surface et déformer les montures en plastique en une seule après-midi de canicule sur la plage arrière d’une voiture garée en plein soleil.

Reste que le geste le plus efficace, celui que tous les opticiens placent en premier, c’est tout bêtement l’étui rigide dès que la paire quitte le nez. Mettre vos lunettes dans leur étui est la première des solutions efficaces pour protéger vos verres de la poussière et des rayures. Le mieux est d’opter pour un étui rigide, pour plus de sécurité. La position branches ouvertes reste le plan B pour les terrasses de café où sortir l’étui semble too much. Mon père, lui, faisait les deux : étui dans le sac, et le réflexe des branches ouvertes pour les pauses de trente secondes. Comme quoi, parfois, les manies qui font sourire les enfants sont juste de la mécanique bien comprise.

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