Ce geste presque automatique, remonter ses lunettes de soleil sur le sommet du crâne entre deux coups d’œil au soleil, n’est pas anodin du tout. Un opticien qui examinait ma monture m’a expliqué que la placer sur la tête peut dérégler voire détendre les branches, celles-là même qu’il avait pourtant ajustées avec soin au moment de l’achat. Dix fois par jour, pendant des années, j’ai littéralement forcé mes lunettes à s’écarter plus que mon visage ne l’exige. Le résultat ? Une monture qui glisse, qui ne tient plus, et qui finit sa vie plus tôt que prévu.
À retenir
- Votre tour de tête est plus large que l’écart de vos tempes : chaque remontée force vos branches à s’écarter
- Cette habitude quotidienne cumule les micro-déformations jusqu’à ce que vos lunettes glissent sans arrêt
- L’opticien peut corriger gratuitement ces dégâts avant qu’ils ne deviennent irréversibles
Ce que le tour de tête fait vraiment aux branches
Le mécanisme est d’une logique implacable, et pourtant personne ne nous l’explique jamais en boutique. Le tour de tête est presque toujours plus large que l’écart naturel entre les tempes. Chaque fois qu’on pousse la monture vers le haut du crâne, on oblige les branches à s’écarter au-delà de leur position d’origine, celle calculée précisément pour épouser le visage. La manipulation quotidienne des lunettes, ou le simple fait de les porter sur la tête, peut déformer les branches, menant à un glissement ou à un appui inégal. Concrètement, la monture perd sa tenue sur le nez, elle bascule, elle finit par tomber au moindre mouvement un peu brusque.
Ce n’est pas qu’une question d’esthétique ou de confort. Cette habitude abîme les branches, ou pire, déforme les lunettes, et altère le centrage des verres ainsi que la vision. Pour des lunettes de vue, le décalage optique peut provoquer des maux de tête sournois qu’on attribue à tort à la fatigue oculaire. Pour des solaires, l’effet est plus mécanique : les charnières, sollicitées dans une amplitude qu’elles n’étaient pas censées subir, se fatiguent plus vite. Accrocher ses lunettes à son col, les porter sur la tête ou les poser à plat déforme la monture, écarte les branches et fragilise les charnières. Trois gestes, un seul verdict : l’usure prématurée.
D’autres habitudes anodines qui accélèrent la casse
Le serre-tête improvisé n’est pas le seul coupable dans cette histoire. La chaleur, par exemple, est un ennemi qu’on sous-estime largement. Laisser ses lunettes sur la plage arrière de la voiture en plein été, ou près d’une source de chaleur, ramollit temporairement certains matériaux et fausse leur forme. Il vaut mieux éviter de les laisser derrière une fenêtre, sur un radiateur, à côté du sèche-cheveux, sur la plage avant ou dans la boîte à gants d’une voiture garée au soleil. J’avoue avoir longtemps considéré la boîte à gants comme un rangement pratique. Grosse erreur.
Il y a aussi ce réflexe qu’on a tous eu au moins une fois, nettoyer ses verres avec le bord de son t-shirt faute de chiffon sous la main. Les micro-fibres du tissu peuvent créer des rayures invisibles à l’œil nu mais bien réelles sur le traitement des verres. Et puis il y a le prêt de lunettes, geste social qui semble inoffensif mais qui ne l’est pas : chaque visage a sa propre morphologie, et une monture calibrée pour un autre tour de tête ou un autre écart pupillaire finit par se déformer en s’adaptant, mal, à des traits qui ne sont pas les siens. Ajoutez à cela le fait de les poser négligemment à plat sur une table, verres contre la surface, et vous cumulez trois façons discrètes de raccourcir la durée de vie d’une paire qui, elle, coûte rarement moins de cent euros.
Ce que l’opticien peut corriger, gratuitement ou presque
La bonne nouvelle, c’est que rien de tout cela n’est irréversible tant que la casse n’est pas franche. Un opticien dispose d’outils spécifiques pour retendre des branches qui ont pris du mou, resserrer une charnière ou redonner à la monture sa courbure d’origine. Il régule l’écartement des branches pour qu’elles exercent une pression légère et uniforme sur les tempes, un ajustement primordial pour éviter le glissement sans serrer la tête, et travaille la courbure des manchons pour qu’ils épousent parfaitement l’arrière de l’oreille. Ce réglage prend quelques minutes en boutique, et il change tout au niveau du confort quotidien.
Le plus rassurant, c’est le prix, ou plutôt l’absence de prix. Les petites réparations de lunettes sont généralement gratuites ou très peu chères chez l’opticien de référence, celui chez qui la monture a été achetée. Pas besoin d’attendre que la monture soit tordue au point de ne plus tenir sur le nez : un contrôle une à deux fois par an suffit à repérer les micro-déformations avant qu’elles ne deviennent gênantes. Et pour les plus bricoleuses qui voudraient dépanner elles-mêmes une vis desserrée entre deux rendez-vous, il existe des kits de réparation pour lunettes, aux alentours de 5 euros, contenant un petit tournevis et quelques vis de différentes dimensions. Utile pour l’urgence, mais ça ne remplace jamais un vrai réajustement professionnel des branches.
Le geste le plus efficace reste le plus simple à adopter : ranger ses lunettes pliées dans un étui rigide plutôt que de les balancer sur le crâne ou au fond d’un sac. Le bon geste consiste à les ranger dans un étui de protection rigide dès qu’on ne les porte plus, même pour cinq minutes. Ce n’est pas le réflexe le plus glamour de l’été, mais c’est celui qui évite de racheter une paire tous les deux ans alors qu’une monture bien traitée peut tenir cinq ou six saisons sans broncher.
Sources : benocle.com | eloandjohn.com